La Charente-Maritime regorge de villages fortifiés ayant résisté aux assauts ennemis comme à ceux du temps, pour arriver quasi intacts jusqu’à nous. Telle une étoile de pierre qui surgit au milieu des marais entre Rochefort et la presqu’île de Marennes, la citadelle de Brouage est un exemple remarquable d’architecture militaire préservée dont les vieilles pierres exercent un irrésistible pouvoir d’attraction. Brouage étonne et fascine. Difficile d'imaginer que ce bourg était autrefois un port au commerce florissant. Pourtant, ce fut le cas avant que l’océan ne se retire... Cap sur ce village plein de charme, classé parmi les « Plus Beaux Villages de France » !
Brouage, la ville du sel
Pour se rendre à Brouage, la petite route sinueuse traverse un kaléidoscope de paysages plats qui s’étendent à perte de vue : des cours d’eau, d’anciens marais salants, de vastes marécages et des prairies humides où paissent des troupeaux bovins et équidés.
La présence de salines autour de Brouage remonte au Moyen Âge, l’époque où Brouage était la capitale européenne de « l’or blanc » : le sel. Cette richesse naturelle était jadis une denrée précieuse. C'était le seul moyen de conserver les aliments tels que les viandes, les poissons et les fromages. Réputé pour sa qualité, le sel de Brouage était convoité à travers l’Europe, notamment par les pêcheurs de morue qui prenaient le large pour de grandes expéditions à Terre Neuve.
Riche et prospère, la cité devint le port maritime le plus important d’Europe, accueillant plus de 200 bateaux par jour en provenance de toute la France, mais aussi des Pays-Bas, d’Angleterre et de Scandinavie.
Sur les quais de Jacopolis sur Brouage, le nom originel de la cité fondée en 1555, « on entendait toutes les langues d'Europe » rapportent les archives. La quantité de sel qui transitait par son port attira très vite l’attention des hommes de pouvoir.
Port de Guerre et Place Forte du XVIe siècle
Pendant les guerres de Religion, Brouage devint le théâtre de conflits entre catholiques et protestants qui se disputent la citadelle jusqu’en 1578, année à laquelle le roi Henri III proclame la cité ville royale. Jacopolis devient Brouage. Entourée par 2km de remparts, elle fut transformée en place forte en 1627 sous les ordres du Cardinal de Richelieu, son gouverneur. Réputée imprenable, la cité abritait 4000 habitants civils défendus par 500 à 2000 soldats en garnison.
Une étoile fortifiée, délaissée par l’océan
Pendant le règne de Louis XIV, les fortifications furent renforcées par l’architecte militaire le Marquis de Vauban. Toutefois, avec la création de l’Arsenal Royal de Rochefort à partir de 1666, le port périclite irrémédiablement, les Brouageais quittent la ville en masse. C’est le déclin de Brouage.
Ironie du sort, cette partie submersible du littoral s’envase et l’océan se retire petit à petit, marée après marée. La cité s’endort pendant plusieurs siècles. Triste est le destin du plus grand port de la côte Atlantique devenu un fort inutile au milieu de nulle part. La citadelle se trouve aujourd’hui à 3 km de l’océan.
Un riche patrimoine à découvrir à pied
L’office de tourisme propose des visites guidées captivantes (individuelles ou en groupe) pour plonger dans l’histoire de Brouage au fil des siècles.
Quelle diversité architecturale pour un si petit bourg ! La citadelle porte avec fierté les marques de sa splendeur passée. Les amoureux du patrimoine apprécient d’arpenter ses remparts, de sillonner ses ruelles baignées de lumière, de passer ses portes, de visiter ses nombreux édifices chargés d’histoire…
Les remparts de Brouage se prêtent volontiers à la déambulation par le chemin de ronde perché à 8 mètres de haut. Ponctuées de bastions, de tourelles et de courtines, ces fortifications offrent un point de vue unique sur le bourg, les marais, l’île d’Oléron et l’île d’Aix. Les vestiges du patrimoine se dévoilent, agrémentés de plaques d’information : les forges, la tonnellerie, la poudrière Saint Luc et celle de la Brèche, l’arsenal, la glacière, les latrines, ou encore les anciens ports souterrains, accessibles par des canaux creusés dans les remparts.
Aujourd’hui transformées en petites échoppes et ateliers d’artistes, les écuries royales abritaient plus de 238 chevaux au XVIIe siècle ainsi que pléthore d’ateliers de forgerons, d’armuriers ou de charretiers.
Les écuries royales abritent des artisans d’art et de petites échoppes (fermées à l’heure de ma visite)
La Porte Royale de Brouage
La Halle aux Vivres, longue de 64 mètres de long sur 14 mètres de large
À l’entrée du bourg par la Porte Royale, une bâtisse domine l’horizon : La Halle aux Vivres. Dans le projet de Richelieu, Brouage devait être équipé d’entrepôts pour stocker du vin, du cidre, des huiles, de l’eau de vie, mais aussi du poisson, de la viande salée, du blé, du froment, de l’épeautre, du sarrazin ou du seigle. Construite en 1631, cette halle fut le grenier à vivres avant d’être affectée successivement à d’autres fonctions : une caserne, une annexe de l’hôpital, une prison, une poudrière. Laissée à l’abandon en 1885, elle fut restaurée et accueille aujourd’hui le Centre Européen d’Architecture Militaire ainsi qu’une salle d’exposition dédiée à l’histoire de Brouage.
Au centre de la place forte, l’église Saint-Pierre de Brouage, achevée en 1608, se caractérise par la structure de la charpente de la nef centrale. Semblable à une coque de navire, elle témoigne de la présence de charpentiers spécialisés dans la construction navale. À l’intérieur de cet édifice inscrit au patrimoine national, six de ces neuf vitraux sont l’œuvre du maître verrier franco-canadien Nicolas Sollogoub. Tel un mémorial des origines de la Nouvelle-France, le personnage emblématique de Brouage y est représenté : le fondateur de la ville de Québec, Samuel de Champlain, originaire du village. Le sol de l’église, quant à lui, est recouvert de dalles funéraires sous lesquelles reposent de riches négociants en sel du XVIIe siècle, des militaires et anciens gouverneurs.
Les graffitis des murs de Brouage sont une vraie curiosité à ne pas manquer sur la Porte Royale, la Porte d’Hiers et sur les latrines de la courtine de la Mer. Gravés dans la pierre par des soldats en garde, ils représentent des navires, des écussons, des animaux, des visages de femmes…
Superbe graffiti d’un navire à voile à découvrir dans l’enceinte de la porte Royale
Bordées de fleurs et de roses trémières, les ruelles de Brouage forment un véritable labyrinthe dans lequel on se perd avec délice, en couple, entre amis ou en famille. Le village conserve de très belles demeures bourgeoises, témoins de la prospérité marchande de la ville à l’époque. Inspirant la sérénité et la créativité, le bourg abonde de petites boutiques de créateurs et d’artisans : bijoux, peintures, vêtements, objets d’art, produits du terroir. Cafés, restaurants et terrasses animent joyeusement les rues, l’occasion de découvrir les spécialités charentaises.
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Des balades faciles pour faire durer le plaisir
Pour profiter des paysages insolites des marais de Brouage, de nombreux sentiers de randonnée s’offrent aux amoureux de la nature à pied ou à vélo. Les passionnés d’ornithologie viennent observer une incroyable diversité d’oiseaux. Près de 150 espèces trouvent refuge dans les marais et les vasières : hérons, aigrettes, passereaux, cygnes ainsi que des dizaines de variétés de migrateurs. Au printemps, en période de nidification, on peut même y apercevoir des cigognes blanches ! N’oubliez pas vos jumelles.